Classement de l'église du Très-Saint-Sacrement : réactions mitigées | 26 mai 2022 | Article par Thomas Verret

Lundi dernier, la ministre de la Culture, Nathalie Roy, a décidé de classer l'église du chemin Sainte-Foy afin de la protéger. Cette décision ne fait pas l'unanimité au sein de la population.

Crédit photo: Jean Cazes

Classement de l'église du Très-Saint-Sacrement : réactions mitigées

L'église du Très-Saint-Sacrement est désormais classée et protégée comme bien patrimonial. Les réactions mitigées fusent de toutes parts depuis l'annonce de la ministre, Nathalie Roy.

Le groupe citoyen SOS Saint-Sacrement / Espace communautaire Saint-Sacrement, derrière la mobilisation pour sauver et revaloriser l'église, se réjouit de la nouvelle.

Cette décision procure un nouvel élan à la démarche visant à donner une vocation communautaire et socioculturelle à l'église du chemin Sainte-Foy, fermée depuis 2019.  

« On est aux petits oiseaux, comme on dit. On est très contents », s’exclame le fondateur du mouvement, Louis Bélanger.

« Ça nous permet d'avancer. Il y a un beau momentum. On veut profiter de cet élan populaire pour aller de l'avant. »

Selon lui, la population locale a été entendue. Il se réfère aux résultats du sondage mené en 2018 par l'ex-conseiller municipal, Yvon Bussières. Ce sont 80 % des résidents qui souhaitaient alors que l'église soit citée patrimoniale.

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Les deux député.e.s du secteur, Catherine Dorion et Jean-Yves Duclos, sont aussi en faveur du classement, rappelle M. Bélanger.

« L'église est le cœur du quartier Saint-Sacrement. Les citoyens méritent de bons équipements et d'avoir accès à une belle vie communautaire. C'est l'endroit tout indiqué », a-t-il affirmé.

Le dossier de l'église du Très-Saint-Sacrement bouge finalement!

Après deux ans d'attente, le Conseil de quartier de Saint-Sacrement est heureux que le dossier bouge enfin.

« La ministre a décroché l'ancre et le bateau peut avancer », a imagé son président, Bertrand Gemme.

Le Conseil de quartier veut maintenant travailler avec les différents parties prenantes pour réaliser des projets dynamisants.

« On veut sécuriser l'extérieur de l'église, redonner l'accès au stationnement et aménager une place extérieure à l'avant pour faire des activités. On aimerait bien avoir un endroit l'hiver prochain pour faire une station chaleureuse. C'est notre priorité », a indiqué M. Gemme.

La paroisse est furieuse

La pilule est difficile à avaler pour la paroisse Bienheureuse-Dina-Bélanger, propriétaire de l'église.

La fabrique voulait conclure une vente projetée en 2020 pour rembourser ses dettes. Elle souhaite concentrer ses activités à l'église Saint-Michel-de-Sillery.

En conférence de presse, son directeur général, André G. Bernier, et le vicaire général du Diocèse de Québec, Mario Duchesne, se sont dits choqués par la décision de Québec. Selon eux, le classement de l'église est une aberration, car elle « est en très mauvais état ».

Ces informations ont été démenties par Nathalie Roy. La ministre s'appuie sur un rapport d'experts indépendant. L'étude commandée par le ministère de la Culture et des Communications a révélé que le bâtiment nécessite plusieurs travaux, mais que sa structure est toujours en bon état.

Le classement s'accompagne d'ailleurs d'une aide financière de 4 M $ pour réaliser des travaux d'urgence.

La décision de la ministre a également été motivée par « la recommandation favorable formulée par le Conseil du patrimoine culturel du Québec ».

La protection concerne les éléments extérieurs du bâtiment et les vitraux de l'artiste Marius Plamondon.

Le problème persiste

La fabrique estime que les 4 M $ du gouvernement provincial ne peuvent pas couvrir l'ensemble des travaux de restauration.

À long terme, le fait que l'église soit classée comme immeuble patrimonial va coûter cher. Depuis quatre ans, la paroisse a déboursé 1,8 M $ pour sa sécurisation et son entretien. De plus, elle a emprunté 600 000 $ au diocèse pour réparer des parties du bâtiment.

Le classement de l'église ne règle pas « la problématique du coût exorbitant pour faire fonctionner le bâtiment, au-delà de l'entretien et des réparations », a déploré la fabrique.

La Ville de Québec réagit

De son côté, la Ville de Québec a réagi par communiqué. L'administration Marchand affirme que la préservation de l'église est une bonne nouvelle. Elle ajoute toutefois que l'avis de classement d'un bâtiment n'est pas un aboutissement en soi.

« Il faudra de l’audace, de l’ingéniosité et de la collaboration d’investisseurs privés en plus des pouvoirs publics pour leur donner une seconde vie, pour assurer leur entretien dans l’intervalle et convenir d’un projet qui réponde aux besoins de la communauté », a souligné Mélissa Coulombe-Leduc, responsable du patrimoine au comité exécutif.

Finalement, la Ville s'inquiète de « la multiplication du nombre d’églises auxquelles il faudra trouver de nouvelles vocations dans les prochaines années », a mentionné Mme Coulombe-Leduc.

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