<em>Disgrâce</em> : Tirs groupés | 20 avril 2022 | Article par Marrie E. Bathory

Crédit photo: David Mendoza Hélaine

Disgrâce : Tirs groupés

« Des petites chipies, des petites vaches jalouses. » Des « petites p*tes » arrivistes, aussi. Pour le personnage incarné par Gabriel Fournier, il n’y a que la jalousie pour expliquer que des femmes (et des filles) aient témoigné de comportements sexuels qui pour lui n’étaient que « des jeux ». Et c’est la jalousie qui explique, aussi, que tel journaliste ou chroniqueur s’acharne sur son cas : ce serait lui, l’homme blanc privilégié à abattre du moment.

Selon la mère de l’animateur vedette déchu (Marie-Ginette Guay), c’est la jalousie, toujours, qui motive les commérages de ces « vieilles chipies » dont les fils sont devenus des laiderons. Pourquoi son fils à elle aurait-il besoin de violer quelqu’un, puisque toutes les femmes se jettent sur lui, si séduisant?

Ressac

Au centre du décor qui rappelle un plateau de tournage, on observe la disgrâce de l’animateur vedette – fusion de cas du milieu médiatique étalés vague de dénonciation après vague de dénonciation, de #agressionnondénoncée à #moiaussi. On reste avec lui, avec son désespoir momentané, puis sa rage, puis sa reprise de contrôle – sur lui-même, sur son image. Les témoignages? On en entendra quelques extraits, et on aura une certaine idée des allégations contre le « présumé innocent ».

Et l’avocate (Frédérique Bradet)? Elle fait son travail, dit-elle, qui n’en est pas un de relations publiques. Pourtant, tout demeure une question d’image : Sur quel élément braque-t-on les projecteurs? Quel récit dégagera-t-on d’un échange de textos?

Mise en valeur par les éclairages de Kevin Dubois, l’ambiance sonore de Jean-Michel Letendre-Veilleux traduit efficacement le glauque, l’angoisse sourde que génère le cycle de manipulation : séduction, puis violence. Puis une forme de séduction, encore, mais menaçante.

Questionnements

La pièce cherche-t-elle à ce que j’aie de l’empathie pour ce personnage? En tant que femme, je me pose forcément la question. Y a-t-il des spectatrices ou des spectateurs qui ont de la sympathie pour cet homme, ou qui se mettent à sa place? Se trouve-t-il donc encore des gens pour croire à cette version des faits : de fausses accusations motivées par la jalousie?

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En cela, Disgrâce bouscule – preuve que la pièce fonctionne, et que les actrices et l’acteur, eux, ont l’empathie qu’il faut pour camper ces personnages, avec leurs ambiguïtés et leurs zones d’ombre.

Disgrâce est présentée jusqu’au 7 mai à Premier Acte.

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