Ici vécut: Louis-Alexandre Bélisle, au 801, avenue Murray

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l'histoire de la ville. Louis-Alexandre Bélisle (1902-1985) a laissé sa marque comme homme d'affaires, chroniqueur municipal, rédacteur financier, mais surtout comme auteur du Dictionnaire général de la langue française.

<em>Ici vécut</em>: Louis-Alexandre Bélisle, au 801, avenue Murray | 16 septembre 2023 | Article par Simon Bélanger

Louis-Alexandre Bélisle a vécu une partie de sa vie dans un logement du 801, avenue Murray, dans Montcalm.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. Louis-Alexandre Bélisle (1902-1985) a laissé sa marque comme homme d’affaires, chroniqueur municipal, rédacteur financier, mais surtout comme auteur du Dictionnaire général de la langue française.

Au cours de la dernière semaine, le Cégep Garneau était plongé dans une nouvelle controverse linguistique, avec le déroulement d’une «English Week». Celle-ci invitait la communauté étudiante à parler en anglais dans les corridors. On proposait également au corps professoral d’intégrer de l’anglais dans les cours. Le dossier a rebondi jusque dans les corridors de l’Assemblée nationale et le premier ministre François Legault a rabroué l’établissement collégial.

Cet autre débat autour de la langue, dont le Québec a le secret, nous donne l’occasion de replonger dans la vie de Louis-Alexandre Bélisle, qui a habité le secteur Montcalm. Celui-ci était particulièrement attaché à la langue française et souhaitait mieux faire connaître les spécificités linguistiques d’ici. Il s’était d’abord fait connaître dans les pages du Soleil.

De la ferme jusqu’au Soleil

Le 7 mars 1902, Louis-Alexandre Bélisle voit le jour dans le Bas-Saint-Laurent, à Trois-Pistoles ou Saint-Éloi. Les sources varient sur son lieu de naissance. Son père, George Bélisle, est fermier et meunier.

Après des études à l’école de rang, le jeune Louis-Alexandre part étudier en 1913 au Juvénat de Lévis, auprès des frères maristes. Son oncle Louis-Magloire Bélisle est lui-même enseignant à cet endroit. Il transmet son amour de la langue française à son neveu Louis-Alexandre. Celui-ci devient d’ailleurs instituteur en 1918.

Ensuite, entre 1918 et 1922, il travaille comme commis comptable à la Banque canadienne nationale de Saint-Pacôme. Il poursuit également des cours par correspondance avec l’Université Queen’s. Celle-ci lui remet un diplôme de pratique bancaire et commerciale en 1923.

Louis-Alexandre Bélisle a également été comptable pour la compagnie forestière Power and Lumber.

Finalement, l’année 1927 marque son arrivée à Québec. Le quotidien Le Soleil l’embauche d’abord comme chroniqueur municipal. En revanche, il se fait surtout connaître dans les pages financières du journal, où il est rédacteur pendant une dizaine d’années.

Il se marie l’année suivante avec Gabrielle Deschênes, avec qui il aura quatre enfants.

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Éducation, affaires et imprimerie

On le voit déjà depuis le début de sa jeune carrière, Louis-Alexandre Bélisle est un touche-à-tout. En plus de son emploi au Soleil, il enseigne également à l’École de commerce de l’Université Laval jusqu’au début des années 1940.

Louis-Alexandre Bélisle cofonde, en 1928, la revue Les Affaires, en compagnie de Raoul Renault. En 1933, il rachète les parts de son partenaire et devient l’unique propriétaire de la revue. Il la dirige jusqu’en 1963. La publication est toujours connue aujourd’hui, sous le nom de journal Les Affaires.

Louis-Alexandre Bélisle, en 1974.
Crédit photo: Fonds La Presse, Pierre McCann, Bibliothèque et archives nationales du Québec

Louis-Alexandre Bélisle se lance aussi dans le secteur de l’impression. En 1936, il acquiert l’imprimerie de l’hebdomadaire La Semaine Commerciale. L’année suivante, Bélisle lance Le Recueil, le premier digest français. Il imprime ensuite des monographies de paroisse, des livres d’histoire et des pièces de théâtre.

En 1944, il crée la maison Bélisle Éditeur pour «répondre aux besoins du monde des affaires et des métiers par la publication d’ouvrages de technologie en langue française». Louis-Alexandre Bélisle déplorait notamment que les manuels édités en France utilisaient un vocabulaire technique européen et des mesures métriques, alors que nous utilisions surtout des machines conçues aux États-Unis ou en Angleterre. Il a donc édité des livres destinés aux mécaniciens, aux plombiers et à d’autres métiers de la construction.

Même s’il n’a pas beaucoup fait dans l’édition littéraire, on lui doit quand même un classique de la littérature québécoise : Les Plouffe, de Roger Lemelin. Le roman sort en effet des presses de Bélisle en 1948 et doit rapidement entrer en réimpression.

Louis-Alexandre Bélisle réédite également plusieurs classiques pour enfants.

Dictionnaire de la langue française

En 1955 et 1956, Louis-Alexandre Bélisle se lance dans un défi de taille : la publication du Dictionnaire général de la langue française au Canada.

Il utilise d’abord le contenu de l’édition de 1874 de l’ouvrage de référence Littré-Beaujean. Bélisle ajoute lui-même 17 000 entrées consacrées à des canadianismes, dont plusieurs sont puisés dans le Glossaire de la Société du parler français au Canada. 3000 illustrations sont aussi présentes dans le dictionnaire.

Le dictionnaire est disponible en fascicules ou en version reliée. Dès 1958, il intègre des suppléments (dictionnaire anglais/français, cartes, biographies, etc.).

Postérité

Son dictionnaire, qui connaît un très grand succès, vaut à Bélisle le Prix de la langue française de l’Académie française en 1958.

Louis-Alexandre Bélisle est également membre de la Société du parler français au Canada, de la Société des éditeurs canadiens du livre français et de la Société canadienne de technologie.

Il meurt à Québec le 11 septembre 1985.

Dans Sillery, la rue Louis-A. Bélisle rappelle son souvenir. L’ancienne ville avait adopté ce toponyme seulement deux mois après le décès de Bélisle, qui a vécu une cinquantaine d’années dans ce secteur.

Une plaque rappelle le passage de Louis-Alexandre Bélisle sur un immeuble de l’avenue Murray.
Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm

Aujourd’hui, on trouve quand même sa plaque commémorative sur un immeuble à logements de l’avenue Murray, dans Montcalm, où il a vécu lors de ses premières années de vie à Québec. Ce bâtiment de 13 logements avait été construit en 1929, selon les plans de Wilfrid Légaré.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources:

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, «Fonds Louis-Alexandre Bélisle 1920-1982».

Commission de toponymie, «Rue Louis-A. Bélisle».

Ville de Québec, «Bélisle, Louis-Alexandre», Répertoire du patrimoine bâti.

Ville de Québec, «801 à 809, avenue Murray», Répertoire du patrimoine bâti.

Vincent, Josée, «BÉLISLE, Louis-Alexandre (1902-1985)», Université de Sherbrooke, 2009.

Vincent, Josée, «Louis-Alexandre Bélisle au service du milieu des affaires au Québec», Documentation et bibliothèques, volume 56, no 4, octobre-décembre 2010, p. 155-161.

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