Ici vécut René Pomerleau, au 1274-1278, Boul. René-Lévesque O

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui y ont habité et qui ont marqué d’une façon ou d’une autre l’histoire de la ville. Au 1274-1278, boulevard René-Lévesque Ouest, habitait le vulgarisateur scientifique et mycologue de renommée internationale René Pomerleau (1904-1993).

<em>Ici vécut</em> René Pomerleau, au 1274-1278, Boul. René-Lévesque O | 12 août 2023 | Article par Simon Bélanger

Le chercheur et vulgarisateur scientifique René Pomerleau a vécu dans cet immeuble, situé au 1274-1278, boulevard René-Lévesque Ouest, dans le quartier Saint-Sacrement.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm

On retrouve sur différents immeubles de Québec 135 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui y ont habité et qui ont marqué d’une façon ou d’une autre l’histoire de la ville. Au 1274-1278, boulevard René-Lévesque Ouest, habitait le vulgarisateur scientifique et mycologue de renommée internationale René Pomerleau (1904-1993).

Au Québec, la cueillette de champignons connaît une popularité grandissante. D’ailleurs, l’été 2023 particulièrement pluvieux favorise la prolifération des champignons sauvages. La récolte des mycologues amateurs est particulièrement fertile cette année. Mais cette popularité demande un regain de prudence, car plusieurs champignons sont loin d’être comestibles.

Pour rendre hommage à cette passion en croissance, nous revenons aujourd’hui sur la vie de René Pomerleau, fondateur du Cercle des Mycologues Amateurs de Québec et auteur de Flore des champignons au Québec.

 

René Pomerleau, devant son microscope.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds L'Action catholique

Études et début de carrière

René Pomerleau est né le 27 avril 1904, à Saint-Ferdinand-d’Halifax, dans le Centre-du-Québec. Son père l’avait initié à l’identification des plantes.

Son parcours académique est bien rempli. Il étudie d’abord à l’École supérieure d’agriculture, à La Pocatière, établissement alors affilié à l’Université Laval. Il y complète un baccalauréat en sciences agricoles en 1924. René Pomerleau poursuit à la maîtrise à Sainte-Anne-de-Bellevue, au Collège Macdonald de l’Université McGill. Le jeune homme obtient son diplôme en 1927.

René Pomerleau part ensuite étudier en France de 1927 à 1930. Le jeune homme se retrouve d’abord à la Sorbonne, à Paris. Il se dirige ensuite vers Nancy, où il étudie à l’École des Eaux et Forêts. Il s’y spécialise en phytopathologie, l’un de ses domaines de prédilection.

De retour au Québec en 1930, René Pomerleau est engagé par le ministère des Terres et des Forêts, à Berthierville. Le chercheur y établit un laboratoire en biologie forestière. Il avait d’abord travaillé pendant quelques années au ministère de l’Agriculture du Canada.

En 1937, il complète un doctorat ès sciences à l’Université de Montréal, sous le mentorat du Frère Marie-Victorin. René Pomerleau étudie le Gnemonia ulmea, aujourd’hui connu sous le nom de Stegophora Ulmea. Il s’agit d’une maladie causée par un champignon qui s’attaque aux feuilles de l’orme.

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Sa thèse de doctorat lui a valu le Prix Athanase-David.

Chef de laboratoire et enseignement

La phytopathologie (ou pathologie végétale) est une spécialité qui étudie les maladies des plantes.

René Pomerleau fait figure de pionnier dans ce domaine scientifique, alors assez peu étudié. Il est notamment impliqué dans un premier inventaire de maladies touchant les arbres.

Le scientifique s’est également intéressé aux techniques pour prévenir le développement de maladies.

En 1938, après l’obtention de son doctorat, René Pomerleau devient chef du laboratoire de pathologie forestière du ministère des Terres et des Forêts. Il habite désormais à Québec et occupe ce poste jusqu’en 1952.

De 1952 à 1970, il devient chargé de recherches pour les ministères fédéraux de l’Agriculture et des Forêts.

René Pomerleau a contribué à la fondation du Laboratoire de biologie forestière d’Agriculture Canada et du Centre de foresterie des Laurentides.

Enseignement et recherches

René Pomerleau enseigne également dans différents établissements pendant sa carrière.

De 1935 à 1952, il enseigne à l’École des gardes forestiers du Québec, à Duchesnay. René Pomerleau est aussi professeur agrégé à la Faculté de génie forestier de l’Université Laval, entre 1942 et 1965. Il donne également des cours à la Faculté de biologie.

De 1945 à 1950, il agit aussi comme professeur invité de mycologie au Jardin botanique de Montréal.

René Pomerleau a plus de 170 publications à son nom, faisant de lui un chercheur prolifique. Il est aussi derrière 15 volumes, dont le Guide pratique des principaux champignons du Québec (1951) et la Flore des champignons au Québec (1980).

En 1944, il aurait été le premier à identifier la maladie hollandaise de l’orme. Il a notamment identifié qu’il était inutile d’arroser l’arbre au DDT, pour empêcher la propagation de la maladie.

Cette pathologie est l’une des plus surveillées en foresterie urbaine. Un programme de lutte à cette maladie a même été mis sur pied par la Ville de Québec.

Démocratiser les champignons

En plus d’être un chercheur accompli, René Pomerleau a aussi contribué à mieux faire connaître la mycologie. Alors que les champignons étaient encore considérés comme probablement empoisonnés, René Pomerleau a plutôt montré comment il était possible d’en consommer de façon sécuritaire.

Dans une entrevue accordée au Soleil en 1983, il estimait même que la région de Québec représentait « le plus grand réservoir de champignons au monde ». René Pomerleau croyait qu’il était facile d’en trouver un peu partout.

« Je me souviens qu’un jour un mycologue amateur est venu me voir avec un psalliote de Rodman qu’il avait découvert sous une couche d’asphalte que des ouvriers arrachaient à la porte Saint-Louis. Or il s’agit là d’un champignon dont la chair est excellente puisque classée dans la catégorie des quatre fourchettes par les mycologues professionnels », expliquait-il au journaliste Pierre Champagne.

Ses deux ouvrages mentionnés plus haut ont servi de livres de référence pour de nombreux mycologues amateurs.

René Pomerleau a lui-même été fondateur de cercles de mycologie. En septembre 1951, il fonde d’ailleurs le Cercle des mycologues amateurs de Québec, un organisme toujours actif. Ses membres se réunissent d’ailleurs au Domaine de Maizerets tous les lundis soirs, du 21 août au 2 octobre 2023.

Le chercheur a animé quelques excursions de découverte de champignons. Au Québec, il aurait identifié plusieurs milliers d’espèces différentes de champignons.

René Pomerleau (à gauche), chercheur et mycologue, en compagnie du mycologue amateur Didier Piron (à droite).
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Le Soleil - Raynald Lavoie

Honneurs

René Pomerleau a reçu de nombreux prix et hommages au cours de sa fructueuse carrière. Il fut notamment le premier Canadien français intronisé à la Société royale du Canada, en 1948.

Il est aussi président de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS) en 1951-1952. Le chercheur a également été membre fondateur de la Société canadienne de Phytopathologie et président de la Société de géographie de Québec.

En plus du prix Athanase-David en 1937, il se mérite le Prix du Québec (1953), la médaille de la Société botanique de France (1954), la médaille de l’ACFAS (1955), le prix de la North American Mycological Society (1971) et le prix Marie-Victorin (1981). Il a aussi été nommé Officier de l’Ordre du Canada, en 1970, et de l’Ordre du Québec, en 1988.

René Pomerleau meurt le 11 octobre 1993, à l’Hôpital Saint-Sacrement, à l’âge de 89 ans.

Aujourd’hui, l’Herbier René-Pomerleau, qui comprend plus de 25 000 spécimens de champignons, rappelle son rôle de pionnier. Il est situé au Centre de foresterie des Laurentides du Service canadien des Forêts, à Québec.

En 2016, un don testamentaire permet à l’ACFAS de créer le Fonds René-Pomerleau, qui soutient la relève en recherche.

La rue René-Pomerleau, dans le quartier de l’Aéroport, dans l’ouest de Québec, est aussi nommée en son honneur. Elle croise d’ailleurs la rue Conrad-Kirouac, qui était mieux connu sous le nom de Frère Marie-Victorin et qui fut son mentor.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources:

ACFAS, « Un don majeur pour l’ACFAS et la création du Fonds René-Pomerleau », 14 mars 2016, communiqué.

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds René-Pomerleau

Champagne, Pierre, Le Soleil, « La région de Québec est le plus grand réservoir de champignons au monde », 28 septembre 1983, p. C-3.

Commission de toponymie du Québec, Rue René-Pomerleau

Dalpé, Yolande et J. Ginns, « René Pomerleau , 1904-1993 », Mycologia, vol. 86, no 4, juillet-août 1994, p. 588-591.

Fortin, André, « René Pomerleau, lauréat », texte de présentation lors de la remise des Prix du Québec, 19 octobre 1981.

Gouvernement du Canada, Centre de foresterie des Laurentides, Herbier René-Pomerleau

Le Soleil, « Québec perd un grand chercheur », 14 octobre 1993, p. A-10.

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