Ici vécut : André Giroux, au 875, avenue Calixa-Lavallée

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l'histoire de la ville. André Giroux (1916-1977) a écrit le téléroman 14, Rue de Galais, en plus de produire quelques romans et de travailler dans la fonction publique et en politique.

<em>Ici vécut</em> : André Giroux, au 875, avenue Calixa-Lavallée | 3 février 2024 | Article par Simon Bélanger

André Giroux a vécu une partie de sa vie adulte au 875, avenue Calixa-Lavallée, dans le quartier Saint-Sacrement. L'immeuble de six logements a été construit entre 1941 et 1948.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm + Fonds Gabriel Desmarais, BAnQ, décembre 1956 (montage photo)

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. André Giroux (1916-1977) a écrit le téléroman 14, Rue de Galais, en plus de produire quelques romans et de travailler dans la fonction publique et en politique.

Bien avant que Lise Payette s’implique en télévision et en politique, André Giroux avait déjà joué sur les deux tableaux. 14, rue de Galais fait partie des premiers téléromans diffusés à Radio-Canada, en 1954.

Mais qui est André Giroux, mort tragiquement en 1977 dans un accident de la route?

Enfance dans une famille bourgeoise

André Giroux voit le jour le 10 décembre 1916. Sa mère, Héloïse Devillers, était née en France, mais sa famille était arrivée au Canada alors qu’elle était très jeune. René Devillers, père d’Héloïse, aurait d’ailleurs aussi servi de pseudonyme pour André Giroux, qui a publié quelques articles dans des revues et journaux.

De son côté, Théophile Giroux, père d’André, était comptable-en-chef au ministère des Terres et Forêts du Québec. Celui-ci était originaire de Montréal, mais a vécu à Québec pendant plus de 30 ans. Théophile Giroux et Héloïse Devillers se sont mariés en 1905. Le couple a notamment vécu sur l’avenue Eugène-Lamontagne, dans Limoilou. Dans les années 1920, ils ont emménagé dans une maison-terrasse de Grande Allée Est.

Théophile Giroux était considéré comme un bibliophile et un homme d’une grande culture. Sa bibliothèque aurait compté environ 20 000 ouvrages.

Les deux parents sont cependant décédés tous les deux assez jeunes et de façon subite. La mère d’André Giroux est morte le 30 avril 1934, et son mari Théophile l’a suivi deux ans plus tard, en mars 1936. Ils ont laissé dans le deuil quatre enfants : Marcelle, Suzanne, Gaston et André Giroux.

La famille Giroux a vécu dans cet immeuble de l’avenue Eugène-Lamontagne, dans Limoilou.
Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm

Fonction publique et politique active

André Giroux fréquente l’Académie de Québec (ancêtre du Cégep de Sainte-Foy). Dès l’âge de 25 ans, il entre dans la fonction publique québécoise, d’abord au Secrétariat de la province.

Malgré ses autres engagements et occupations, André Giroux travaillera dans la fonction publique presque toute sa carrière. Il fut notamment rédacteur publicitaire au ministère de l’Industrie et du Commerce de 1945 à 1959, où il est ensuite nommé secrétaire entre 1959 et 1963.

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En 1963, il nommé directeur de l’information et conseiller à l’Éducation à la Délégation générale à Paris, jusqu’en 1966. Cette même année, André Giroux devient directeur général de la diffusion de la culture, poste occupé jusqu’en 1969.

En 1969, il est nommé sous-ministre adjoint au ministère des Affaires culturelles, emploi qu’il quitte en 1971.

Jean Marchand, député de Langelier et ministre des Transports, puis de l’Environnement dans le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau, lui a alors proposé le poste de conseiller spécial. André Giroux occupe ce poste jusqu’en 1976.

Jean Marchand, alors président de la CSN, en 1963.
Crédit photo: Bibliothèque et Archives nationale du Québec, Fonds Antoine Desilets

14, rue de Galais

Pour le grand public, André Giroux est surtout connu pour son rôle dans l’écriture du téléroman 14, rue de Galais, diffusé sur les ondes de Radio-Canada de 1954 à 1957. Il a signé le scénario des 125 épisodes de cette émission racontant le quotidien des Delisle, une famille bourgeoise de Montréal.

Paul Hébert et Mimi D’Estée interprétaient les rôles des parents, Henri et Jeanne Delisle. Henri était un ingénieur bien tranquille, tandis que Jeanne était plutôt irascible. Le couple avait trois enfants.

L’aîné, Louis, est à l’université, mais mène une vie un peu délinquante. Son frère Paul est un collégien plus sérieux qui envisage de devenir prêtre. Leur sœur Hélène, plus sensible, préfère Paul à Louis, ce qui est le contraire pour sa mère Jeanne. Toute la famille cohabite avec l’oncle Albert, le frère de Jeanne, qui apporte une touche d’humour et de bon sens. Les quatre personnages sont respectivement interprétés par Robert Gadouas, Roland Longpré, Isabelle Richard et Maurice Gauvin.

14, rue de Galais constitue l’un des premiers téléromans à succès de la télévision québécoise.

Écrivain reconnu

André Giroux n’a pas qu’écrit pour la télévision. Il a d’abord publié des textes dans un journal franco-américain, Le Travailleur, basé à Worcester., dans le Massachussetts. En compagnie de Réal Benoît, il fonde et dirige la revue Regards, de 1940 à 1942.

« Autour de son enthousiasme se groupent des hommes de sciences, de lettres, d’arts qui trouveront là un médium idéal pour la liberté et l’originalité de leur pensée… REGARDS aura été l’un des plus beaux moments de la jeunesse d’André Giroux », écrivait le critique littéraire Clément Lockquell dans Le Soleil, le 2 novembre 1967.

Durant la même période, il collabore à l’hebdomadaire Le Jeudi.

André Giroux se lance dans l’écriture de deux romans. Son premier, Au-delà des visages, paraît en 1948. À travers l’histoire d’un jeune homme né dans une bonne famille qui assassine une femme, on peut percevoir une « virulente critique sociale ».

« André Giroux […] fait entendre un vibrant plaidoyer en faveur de la justice et de la tolérance. Il fallait une forte dose de courage pour dénoncer les travers de la société québécoise, en 1948, à une époque où le clergé catholique et le pouvoir politique maintenaient encore le peuple dans l’obéissance, la soumission et, parfois, la servilité », résume la maison d’édition Fides.

Ce premier roman lui vaut le prix Montyon, décerné par l’Académie française, ainsi qu’un Prix de la Province. Il inspire également le film de Roger Blais, L’avocat de la défense, produit par l’Office national du film.

Son deuxième roman, Le Gouffre a toujours soif, est publié en 1953. Il raconte la vie d’un père atteint d’un cancer incurable, tout en critiquant de nouveau l’Église catholique.

Finalement, il a aussi écrit un recueil de nouvelles, intitulé Malgré tout, la joie, qui paraît en 1958. Cette nouvelle création lui permet de mettre la main sur le Prix du Gouverneur général, en 1959.

« Ses trois livres sont issus de la même préoccupation : la lutte intérieure que se livrent l’égoïsme charnel et l’existence surnaturelle. Toujours, aussi, s’affrontent l’innocence et la connivence avec le mal », écrivait encore Clément Lockquell.

André Giroux, en 1956.
Crédit photo: Fonds Gabriel Desmarais, Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Une fin tragique

En 1977, le parcours d’André Giroux s’arrête brusquement. Il est victime d’un accident de la route dans le secteur de Drummondville. Il meurt de ses blessures à l’hôpital quelques jours plus tard, le 29 juillet 1977. Après ses funérailles à l’église Saint-Thomas-d’Aquin, André Giroux a été porté à son dernier repos dans le cimetière Saint-Charles.

Quelques personnes lui ont rendu hommage dans l’édition du Soleil du 6 août 1977, dont son ancien patron, Jean Marchand.

« Ses bouillantes réactions d’adolescent ne se sont à peu près pas émoussées avec les années : attestation d’une pureté de cœur et d’intention exceptionnelle. À soixante ans, il réagissait avec autant de violence qu’à dix-huit ans à l’injustice, au mensonge, à la misère et à toutes les plaies qui affligent notre société.

Giroux n’a jamais accepté que la vie ne soit pas conforme à l’idéal qu’il s’en était fait dans sa jeunesse. Et cela s’est vérifié dans son oeuvre, dans sa vie professionnelle, tout comme dans sa collaboration avec les hommes publics qu’il a si fidèlement servis, indépendamment de leur allégeance politique », écrivait l’ancien ministre.

Le nom d’André Giroux est présent dans la toponymie de la Ville de Québec, puisqu’une avenue de Sainte-Foy porte son nom depuis 2006. Elle croise d’ailleurs la rue de Galais, qui est ainsi nommée depuis 1994.

D’ailleurs, il existe aussi une rue des Galais à Saint-Michel-de-Bellechasse, Cap-Santé et Boisbriand.

Comme quoi la télévision a joué un rôle de premier plan dans le paysage de nos villes…

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, « Fonds André Giroux ».

Commission de toponymie du Québec, « Avenue André-Giroux ».

Fides Éducation, « Au-delà des visages »

Le Soleil, « Hommages à André Giroux », 6 août 1977, p. A-4.

Le Soleil, « L’écrivain André Giroux a connu une fin tragique », 30 juillet 1977, p. A-3.

Le Soleil, « Mort subite de Monsieur Theo. Giroux », 31 mars 1936, p. 1.

Le Soleil, « Une lourde épreuve à M. T. Giroux », 1er mai 1934, p. 14

LOCKQUELL, Clément, « André Giroux, regards sur l’œuvre et l’homme », Le Soleil, 2 novembre 1967, p. 30.

Office national du film, L’avocat de la défense, 1955, réalisation de Roger Blais.

Université de Sherbrooke, « 23 février 1954 – Première présentation du téléroman « 14, rue de Galais » », Bilan Québec.

Ville de Québec, « Fiche d’un bâtiment patrimonial. 112 à 114, avenue Eugène-Lamontagne », Répertoire du patrimoine bâti.

Ville de Québec, « Fiche d’un bâtiment patrimonial. 875, avenue Calixa-Lavallée », Répertoire du patrimoine bâti.

Ville de Québec, « Giroux, André (1916-1977) », Répertoire du patrimoine bâti.

Ville de Québec, « Giroux, Théophile (1882-1936) », Répertoire du patrimoine bâti.

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