Ici vécut : Georgina Lefaivre, au 318, rue Fraser

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l'histoire de la ville. La journaliste Georgina Lefaivre (1873-1951) fut une pionnière au Québec, occupant le poste de rédactrice du Soleil pendant 20 ans.

<em>Ici vécut</em> : Georgina Lefaivre, au 318, rue Fraser | 9 mars 2024 | Article par Simon Bélanger

Le triplex où vécut Georgina Lefaivre a été érigé en 1916 par Alexander Fuckney. La firme d’architectes Staveley et Staveley avait conçu les plans.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm + Archives Ville de Québec (montage photo) Simon Bélanger - Monmontcalm + Archives Ville de Québec (montage photo)

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. La journaliste Georgina Lefaivre (1873-1951) fut une pionnière au Québec, occupant le poste de rédactrice du Soleil pendant 20 ans.

Chaque année, la Journée internationale des droits des femmes (qui se tenait hier le 8 mars) nous permet de constater le chemin parcouru pour que la moitié de la population prenne la place qui lui revienne.

Le journalisme, tout comme une pléthore d’autres disciplines, fut longtemps une chasse gardée réservée à la gent masculine. Heureusement, à différentes époques, des pionnières ont fait leur place dans ce milieu. Bien souvent, elles ont dû lutter deux fois plus fort pour prouver leur valeur.

Heureusement, la société a évolué depuis et plusieurs femmes occupent (ou ont occupé) certains des postes les plus élevés dans la hiérarchie. À Québec, dans la presse écrite, on peut penser à Valérie Gaudreau, rédactrice en chef au Soleil de 2018 à 2023, maintenant chroniqueuse municipale. Au Journal de Québec, Karine Gagnon est adjointe à la direction de l’information et également chroniqueuse aux affaires municipales. Même chez nous, Suzie Genest a occupé pendant quelques années la tête de l’équipe de rédaction de Monquartier.

Mais, avant d’en arriver là, certaines ont joué le rôle de pionnières, comme Georgina Lefaivre.

Santé fragile et début de carrière

Georgina Lefaivre voit le jour à l’été 1873, à Québec. Elle est la fille de Sarah Plamondon et de Georges Lefaivre, un comptable. En plus de Georgina, le couple aura six autres enfants.

Entre 1880 et 1888, la jeune Georgina étudie chez les Ursulines, où elle reçoit une éducation de bonne qualité. En revanche, toujours pendant son enfance, elle contracte la tuberculose, ce qui fragilisera sa santé pendant toute sa vie.

Ce n’est qu’autour de l’âge de 30 ans que Georgina Lefaivre publie ses premiers articles dans différents magazines féminins.

En 1905, elle fait son entrée au quotidien Le Soleil, où elle est nommée rédactrice des pages féminines. Georgina signe du pseudonyme de Ginevra des chroniques qui connaissent un bon succès.

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Rare photo de la journaliste Georgina Lefaivre.
Crédit photo: Archives de la Ville de Québec

Notoriété grandissante

Georgina Lefaivre continue de gravir les échelons dans la société. En 1912, elle est invitée à prononcer une conférence à l’Université Laval, lors du premier congrès de la langue française au Canada. Sa communication s’intitule « Le français et la terminologie technique des ouvrages féminins ».

Elle publie également deux livres, qui reprennent plusieurs de ses chroniques : En relisant les vieilles pages, en 1919, et Billets de Geneviève, en 1922.

Son premier recueil comprend des chroniques dans lesquelles elle souhaite éduquer les jeunes femmes au bonheur, en les préparant au rôle traditionnellement occupé par les femmes dans la société. Ce bonheur devait cependant être discret et modeste, afin de les préparer à leur future vie d’épouse et de mère.

Pour Jocelyne Mathieu, qui a rédigé un article dans Les Cahiers des dix consacré à Georgina Lefaivre, celle-ci n’était pas une contestataire mais annonçait certains changements :

« En relisant les vieilles pages ne porte pas beaucoup sur la vie moderne, mais ses “billets incarnent l’air du temps”, qui annonce une émancipation espérée, mais qui nécessitera un temps long et parsemé d’embûches», écrivait Jocelyne Mathieu en 2020.

Après la publication de son premier recueil, son pseudonyme était passé de Ginevra à Geneviève. Plusieurs thèmes principaux demeurent les mêmes dans Billets de Geneviève, en 1922. Après la Première Guerre mondiale, on perçoit chez Georgina Lefaivre un intérêt grandissant pour la modernité et pour la façon de vivre aux États-Unis.

Engagement social

Au Soleil, elle occupe un poste à la rédaction pendant plus de 25 ans. Georgina Lefaivre rédige également des contes, des nouvelles et des poèmes. Elle propose également des conférences consacrées à la littérature ou à l’éducation.

En 1934, lors de la toute première Fête des Mères, sa conférence porte sur l’influence de la mère sur la vie de son enfant.

En plus de son rôle de journaliste et d’écrivaine, Georgina Lefaivre est également très impliquée dans sa communauté.

Au mois de mai 1927, en compagnie de Jeanne Talbot, elle fonde la Ligue catholique féminine du Canada, une œuvre laïque. Georgina Lefaivre en sera la présidente pendant environ 12 ans.

Celle qui a combattu la tuberculose pendant sa jeunesse est également secrétaire de la Ligue antituberculeuse de Québec pendant 30 ans. Georgina Lefaivre multiplie les engagements dans plusieurs autres associations charitables et humanitaires.

En 1947, elle quitte la vie publique. Ses dernières années de vie sont ternies par la maladie, qui l’obligent à une longue hospitalisation.

Le 5 mars 1951, à 77 ans, elle rend l’âme. Elle n’a jamais été mariée et n’a pas eu d’enfants.

Depuis 2017, une rue Georgina-Lefaivre rend hommage à cette pionnière dans le quartier de Cap-Rouge, à Québec.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut.

Sources:

Commission de toponymie du Québec, « Rue Georgina-Lefaivre ».

Mathieu, Jocelyne, « De Ginevra, ou de Geneviève, pour un bonheur possible… », Les Cahiers des Dix, no 74, 2020, p. 191-217.

Ville de Québec, « Fiche d’un bâtiment patrimonial – 314 à 326, rue Fraser », Répertoire du patrimoine bâti.

Ville de Québec, « Fiche Lefaivre, Georgina (1873-1951) », Répertoire du patrimoine bâti.

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