Ici vécut : Thérèse Brassard, au 835, avenue de Bienville

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l'histoire de la ville. Thérèse Brassard (1926-2008) a été une pionnière dans les techniques d'émail d'art et ses œuvres ont même été offertes au Pape et à la Reine.

<em>Ici vécut</em> : Thérèse Brassard, au 835, avenue de Bienville | 4 mai 2024 | Article par Simon Bélanger

Thérèse Brassard a vécu dans un ensemble architectural érigé selon les plans de Raoul Chenevert et construit par Émile Frenette en 1940.

Crédit photo: Simon Bélanger - Monmontcalm + Anne Boucher (Le Soleil)

On retrouve, sur différents immeubles de Québec, 142 plaques Ici vécut. Elles rappellent à nos mémoires des personnes qui ont marqué l’histoire de la ville. Thérèse Brassard (1926-2008) a été une pionnière dans les techniques d’émail d’art et ses œuvres ont même été offertes au Pape et à la Reine.

Alors que le Musée national des beaux-arts du Québec ferme exceptionnellement ses portes aujourd’hui et demain matin, en raison du Bal national de la Fondation du MNBAQ, l’occasion est belle de se pencher sur une artiste peut-être méconnue, présente dans ses collections.

Thérèse Brassard se qualifiait elle-même de «peintre-émailleur». Sa technique était celle utilisée par de grands maîtres de l’émail au 11e siècle. Pour produire ses œuvres, elle appliquait un émail liquide à la spatule ou au pinceau. Cette façon de faire dévoilait des reliefs dans lesquels, avec une glaçure froissée par une cuisson à près de 1000 degrés Celsius, le sujet apparaissait.

Thérèse Brassard voulait d’ailleurs faire de l’émaillerie un véritable art pictural.

Formation aux Beaux-Arts et succès rapide

Fille d’Alfred Brassard et de Rose-Blanche Guay, Thérèse Brassard voit le jour à Roberval en 1926.

En 1951, elle obtient un diplôme en peinture de l’École des Beaux-Arts de Québec. Elle poursuit encore un an en professorat. Puis, elle s’inscrit dans une classe d’émaillerie aux Beaux-Arts, un cours qui était alors bien embryonnaire.

Dès 1956, elle reçoit des commentaires fort élogieux d’André Patry, dans Vie des Arts.

«Pour ma part, j’ai rarement vu chez un émailliste une telle variété, une telle qualité, des dons si personnels. Thérèse Brassard a réussi dans ses pièces une fusion de la couleur et du dessin qui fait oublier ce que les arts du feu ont d’incertain et de hasardeux», écrivait-il.

Il qualifiait certaines pièces de « véritables chefs-d’œuvre, qui se rapprochent des plus belles réussites de l’émaillerie contemporaine».

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Assiette en émail de Thérèse Brassard.
Crédit photo: Le Soleil, Léon Bernard

Perfectionnement

En 1959, Thérèse Brassard se mérite une bourse du Conseil des Arts du Canada. Elle avait alors reçu des compliments d’un délégué du Limousin, un coin de l’Hexagone où cet art de l’émail était beaucoup plus développé. Lors d’une exposition de l’Industrie d’Art en Limousin, tenue à Québec, celui-ci lui avait affirmé que «ses émaux dépassaient en qualité ceux qu’on produit dans cette région».

Ces commentaires la convainquent d’elle-même aller se perfectionner dans le Limousin. Son voyage d’études l’amène non seulement en France, mais aussi en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Espagne et en Belgique.

À la même époque, elle remporte également le premier prix et la médaille d’argent de la ville de Paris, lors d’une exposition d’émaux au Musée d’art moderne.

À son retour d’Europe, elle épouse Robert Tanguay, alors étudiant en médecine. Le couple aura aussi une fille prénommée Geneviève.

Un autre art : le batik

Après 25 ans consacrés à l’émail, Thérèse Brassard se consacre encore une fois à une technique méconnue : le batik.

Prenant naissance dans l’île de Java, en Indonésie, le batik est une technique d’impression de tissus avec des réserves de cire.

Batik de Thérèse Brassard.
Crédit photo: Le Soleil, Roland Marcoux

Pour elle, cet art se reconnaissait aux cassures et aux craquelures dans le motif et dans le tissu.

« Je ne me pense pas une artiste, même pas une artisane […]. Je suis une ouvrière, j’aime faire un travail d’abeille, j’ai le souci de la technique », affirmait-elle au Soleil dans un article du 1er février 1975.

Dans les années 1980, Thérèse Brassard se lancera aussi dans la gouache, qu’elle arrive à rendre «éminemment séduisante», selon les mots de Marie Delagrave dans Le Soleil du 23 novembre 1986.

Commandes spéciales : Élizabeth II et Jean-Paul II

Thérèse Brassard a reçu deux commandes bien particulières pendant sa carrière d’artiste.

En  1964, le sous-ministre des Affaires culturelles, Guy Frégault, lui commande un émail sur cuivre, destiné à la reine Élizabeth II. L’œuvre murale représente une tête de femme entourée d’oiseaux. Le 9 octobre 1964, part en avion depuis Manic-5 pour livrer sa création à temps. Le même soir, le chef du protocole Joseph Couture va la chercher à la galerie d’art J.-A. Morency.

M. Couture apporte ensuite avec lui l’œuvre de Thérèse Brassard à bord du yacht Britannia. C’est le premier ministre du Québec, Jean Lesage, qui remet le cadeau à la souveraine.

Cette œuvre de Thérèse Brassard a été offerte à la reine Élizabeth II.
Crédit photo: Le Soleil, Léon Bernard

20 ans plus tard, en 1984, alors que Thérèse Brassard ne travaille plus vraiment l’émail, elle reçoit une nouvelle commande particulière. Cette fois-ci, elle vient de la part du maire de Québec, Jean Pelletier.

Il lui demande un émail cloisonné. Il sera offert au pape Jean-Paul II, lors de sa visite à Québec le 9 novembre 1984.

Le gouvernement du Québec a aussi offert une œuvre de Thérèse Brassard à André Malraux, écrivain et ministre français des Affaires culturelles, lors de la présidence du général Charles de Gaulle.

Thérèse Brassard a rendu l’âme à 82 ans, le 7 juin 2008. Aujourd’hui, 14 de ses œuvres font partie de la collection du MNBAQ. On y trouve plusieurs assiettes émaillées, mais aussi du batik et des dessins au crayon feutre. Elles ne sont pas intégrées dans l’article, afin de respecter la Loi sur le droit d’auteur.

Une section du site de la Ville de Québec rassemble la liste des plaques Ici vécut. Celle de Thérèse Brassard a été ajoutée à l’automne 2023.

Sources

BERNARD, Léon, «Émaux à l’ancienne. L’Art coloré de Thérèse Brassard», Le SoleilCahier Perspectives, 3 juin 1961, p. 13-15.

DELAGRAVE, Marie, «Nouveau médium pour Brassard», Le Soleil, 15 décembre 1984, p. D-5.

DELAGRAVE, Marie, «Les gouaches lumineuses de Brassard», Le Soleil, 23 novembre 1986, p. A-9.

Le Soleil, «Index des avis de décès – Thérèse Brassard – 1926-2008», 16 juin 2008, p. 54.

L’HEUREUX, Gaston, «L’émail sur cuivre de l’artiste Thérèse Brassard a bel et bien été présenté à la reine Elizabeth II», Le Soleil, 30 octobre 1964, p. 20.

Musée national des beaux-arts du Québec, «Brassard, Thérèse», Collections.

PATRY, André, «Thérèse Brassard. Peintre et émailliste», Vie des Arts, no 5, Noël 1956, p. 37.

ROYER, Jean, «Thérèse Brassard : la patience du feu», Le Soleil, 1er février 1975, p. D-4.

Ville de Québec, «Fiche d’un bâtiment patrimonial – 815 à 825, avenue de Bienville», Répertoire du patrimoine bâti.

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