Trout Stanley : nager en eaux troubles

Deux sœurs jumelles aussi dissemblables qu’indissociables vivent dans une modeste demeure au cœur d’une décharge publique à Tumbler Ridge en Colombie-Britannique.

<em>Trout Stanley</em> : nager en eaux troubles | 7 février 2024 | Article par Hélène Laliberté

La pièce Trout Stanley est présentée au Théâtre Périscope jusqu’au 24 février.

Crédit photo: Émilie Dumais

Deux sœurs jumelles aussi dissemblables qu’indissociables vivent dans une modeste demeure au cœur d’une décharge publique à Tumbler Ridge en Colombie-Britannique.

Grace (Stéfanelle Auger), l’extravertie, est gérante du dépotoir et occasionnellement « pitoune de pancarte » pour le marchand d’armes de la petite municipalité. Sugar (Mélissa Merlo), la craintive, façonne des figurines et est recluse dans sa maison et ses vêtements depuis une dizaine d’années. Leur univers s’est construit sur la tombe de leurs parents, alias ses saintetés, décédés le jour du vingtième anniversaire des jumelles. Depuis cette tragédie, une sombre malédiction qui se répète chaque année, à la date de leur fête, semble s’être abattue sur leur destinée.

À la veille de leurs trente ans, une disparition inquiétante, celle d’une danseuse nue championne de scrabble, ravive le maléfice. Et pour ajouter à l’angoissante incertitude, Trout Stanley (Steve Jodoin), un sinistre inconnu débarqué de nulle part, fait irruption dans leur monde, bouleversant le fragile équilibre établi depuis une dizaine d’années. Ce qui, de prime abord, se présente comme un thriller, se transforme en une sorte de drame familial absurde où les personnages vont s’affranchir de leur passé.

Un texte en dents de scie

Écrite par Claudia Dey, une autrice canadienne de Toronto, la pièce est construite sur le mode de la comédie avec ses contradictions, ses répétitions et ses amalgames qui ont pour but de susciter le rire ainsi que son dénouement heureux. Le texte renferme toutefois quelques fissures dramaturgiques que la mise en scène de Hugues Frenette n’arrive pas à colmater. Les personnages sont présentés comme des êtres déjantés, notamment Trout Stanley qui, d’entrée de jeu, se pose en individu menaçant et aliéné pour se révéler étonnamment sensé et structuré par la suite.

On a l’impression de prime abord, par le biais de répliques équivoques qui frôlent l’absurde, que le public n’aura pas accès à toutes les clés de l’énigme. C’est comme si l’on cédait au désir de garder le spectateur captif d’un présent nébuleux, mais en lui transmettant graduellement un maximum de pièces pour reconstituer le puzzle du passé. C’est ainsi que l’étranger apparu par magie pour sauver la pauvre Sugar d’un sort funeste fera sans surprise dévier la route toute tracée de l’existence des deux sœurs.

Une scénographie en contrepoint

Bien que l’ambiance de l’espace scénique mise sur l’étrangeté, tant sur le plan de la musique (Jason Kodie) que des éclairages (Denis Guérette) et du décor (Vano Hotton) qui convergent tous vers un but commun, celui de créer un univers ténébreux, glauque et mystérieux, la construction dramatique du texte et son interprétation semblent s’en éloigner. Les longues tirades, paraphrases et nombreuses répétitions tant verbales que gestuelles nuisent au rythme de la production et éteignent la flamme du suspense initial.

La disparition et la mort de la danseuse nue qui devait célébrer elle aussi ses trente ans le même jour que les jumelles passent au second plan. Il en est de même de l’identité de l’assassin qui n’est pas explicitement dévoilée et dont les indices qui courent entre les lignes s’effilochent en queue de poisson.

Les deux coproducteurs de ce spectacle, le Théâtre Niveau Parking de Québec et l’Unithéâtre de Calgary, compagnie qui a notamment pour mission de rassembler la francophonie albertaine par le théâtre, en optant pour une œuvre anglophone, dans une traduction de Manon St-Jules, comblent-ils les attentes de leurs publics respectifs ? Le soir de la première au Théâtre Périscope, celui de Québec a réservé un accueil plutôt chaleureux au spectacle et à ses interprètes. À vous d’en juger.

Trout Stanley est présenté au Théâtre Périscope jusqu’au 24 février 2024. Les billets sont en vente à cette adresse : https://theatreperiscope.qc.ca/spectacle/trout-stanley/

Publicité

Lire aussi :

Bitch Boxer : orgueil et vulnérabilité

Le Théâtre Escarpé présente Bitch Boxer  du 13 au 24 février prochain. Écri[...]

Lire sur Monmontcalm

Pamplemousse : L’inextinguible soif d’aimer l’autre

Elles se sont aimées, passionnément, trop, mal. Elles ne s’aiment plus, ou peut-être s[...]

Lire sur Monmontcalm

Pour en savoir plus ...

Restez à l'affût des actualités de votre quartier

Chaque samedi, recevez nos nouvelles, offres et activités incontournables dans le quartier.