Des visiteurs de l’espace dans le quartier Montcalm

place_richard_garneau

ÉDITORIAL / Chaque fois, que je passe devant la place Richard-Garneau inaugurée le 3 juillet dernier au coin René-Lévesque et Cartier, je me dis : « quel gâchis ». Avec un budget de 400 000 $, je m’attendais à quelque chose de Wow, d’autant plus que l’endroit est stratégique pour le quartier Montcalm avec quelques milliers de personnes passant par là chaque jour.

Bon, quand je dis 400 000 $, ça comprend aussi l’entretien à long terme parce que jusqu’à présent, cette place aura couté 150 000 $ aux contribuables. Hey, l’équipe de la Ville, il me semble qu’avec 150 000 $, les citoyens auraient pu s’attendre à un autre résultat ! Quelque chose que les autres quartiers voudraient imiter.Il faut que je vous le dise, les pierres et les bancs viennent d’Italie, commandés sur un catalogue. Oui, vous lisez bien, sur un catalogue. Je pensais que Québec était la capitale de la création avec ses jeunes artistes, architectes et autres créateurs que Montréal aimerait bien avoir dans sa cour.Visiblement, pour la Ville de Québec, ces jeunes-là n’ont pas assez de talent pour la création d’une place publique permanente dans le Quartier des arts. D’ailleurs, le Quartier des arts a attrapé un bon rhume avec cette place où rien ne s’accorde entre les différents matériaux. Nous avons des tables et des chaises bistro rouges, je les trouve sympas, mais pas du tout confortables. À cela s’ajoutent trois grosses pierres blanches (enfin, elles l’étaient à leur installation), des « bines » comme certains les appellent. Deux de ces pierres sont habillées d’un banc en bois brun. Ne me demandez pas pourquoi l’une des pierres n’a pas son banc, il faudrait appeler le service des objets perdus de la Ville. Bonne chance pour avoir une réponse !Même le nom n’a rien à voir avec l’art. Je n’ai rien contre Richard Garneau, il mérite d’avoir une place à son nom. Oui, il a vécu dans le quartier Montcalm, mais quel est le rapport entre le journalisme sportif et l’art ? La Ville de Québec aurait très bien pu changer le nom du parc Victoria où il y a des installations sportives en parc Richard-Garneau. Le quartier Montcalm s’est doté d’une signature, Quartier des arts. Les artistes qui ont vécu dans le quartier ne manquent pas. L’occasion était belle de rendre hommage à une personne qui a consacré sa vie à l’art. Mais non, la Ville, encore une fois, a manqué de vision.illustration_place-richard_garneau_marie_josee_bourgaultDepuis quelques jours, des dossiers ont été ajoutés. Comme j’étais au courant de cette future installation, j’ai donc attendu pour écrire mon éditorial en me disant : je vais leur donner une chance afin de voir si le mobilier, même si je ne le trouve pas beau (tant mieux si des gens pensent le contraire) est au moins confortable. Je savais aussi que les dossiers étaient commandés auprès d’un ébéniste. Je m’attendais donc à des dossiers en bois comme les bancs. Non, la Ville a opté pour des dossiers gris dans un matériau qui ressemble à du plastique recyclé et en plus, ces dossiers ne font pas leur travail, c’est-à-dire supporter la colonne vertébrale lorsqu’on est assis.Ma première réaction lorsque j’ai vu le résultat : « On dirait des soucoupes volantes ». Je ne savais pas si je devais rire ou pleurer et si mon imagination était faussée par mon esprit qui déteste cette place. J’ai donc envoyé une photo à des amis pour connaitre leur réaction. Plusieurs me sont revenus avec la même idée de la soucoupe volante. Bon, j’avoue, on est tous de la génération des séries télés comme V ou X Files, mais l’illustration créée par notre collègue Marie-Josée Bourgault a été adoptée aussi par les plus jeunes de l’équipe.

Des propositions rejetées par la Ville

On est très loin du mobilier temporaire de l’an passé créé par deux étudiants en architecture pour qui l’ergonomie était la priorité numéro 1 afin d’offrir un maximum de confort aux usagers. Un mobilier temporaire, qui en passant a fait des petits dans Saint-Jean-Baptiste cet été, était dédié à la fois aux adultes et aux enfants. Des bancs pour relaxer un petit moment en buvant un café, en dégustant une crème glacée ou en lisant et un bac à sable pour amuser les enfants. Oui oui, il y a des enfants dans le quartier Montcalm et si on souhaite que ces enfants demeurent dans le quartier une fois devenus grands et parents à leur tour, il faudrait peut-être leur en donner le goût.L’an passé, après le dévoilement de la future place publique permanente, des étudiants en architecture et des résidents du quartier Montcalm ont réalisé un document avec des propositions afin d’améliorer certains aspects négatifs relevés dans le projet de la Ville, comme l’ergonomie et la végétation. C’est bien beau de planter des arbres, mais ils vont mettre 20 ans avant d’arriver à maturité.Dans ses recommandations, le groupe demandait que la future « placette se démarque par un concept de design clair nourri par une analyse terrain qui puisse guider la conception et qui s’affirme de manière concrète et cohérente dans l’aménagement des différents espaces et du mobilier urbain ».Le document donnait l’exemple de différents aménagements à l’étranger comme le Tianjin Bridged Gardens en Chine, The Plaza à Boston et la Lonsdale Street Dandenong en Australie. Aucune des recommandations n’a été retenue par la Ville, à part les dossiers et on voit le résultat, des milliers de dollars dépensés pour une place qui ne répond pas aux besoins de la population.